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Notes de mise en scène :
des oiseaux et des hommes
Les albatros ont sur les humains l’avantage indiscutable de savoir voler et le
douteux privilège de s’en tenir à une fidélité conjugale rigoureuse.
Il est vrai qu’une fois leur devoir familial accompli, les partenaires se
séparent pour trois ans après s’être fixé un nouveau rendez-vous. Le jour dit,
ils se retrouvent parmi des milliers de congénères qui se ressemblent entre eux
autant que les fourmis japonaises de madame Cresson. Les amoureux se
reconnaissent pourtant sans hésiter grâce à certains mouvements chorégraphiques
spécifiques à chaque couple qui signalent aux danseurs qu’ils sont bel et bien
destinés l’un à l’autre. Heureux volatiles.
L’homme, quant à lui, en est réduit aux tâtonnements, essais, tentatives et
tentations diverses, pour, après avoir cru trouver chaussure à son pied, voir
son existence empoisonnée par cette question sans réponse : ne me serais-je pas
trompé de partenaire ?
L’âge venant, l’un finit par déposer les armes définitivement (du moins le
croit-il), une autre décide de les reprendre pour se remettre en quête, et le
troisième, justement spécialiste des oiseaux (tiens !), quoique délicieusement
accouplé avec la jeunesse, s’enfonce dans un abîme de réflexion. S’il sait
depuis toujours que la vie est une aventure qui finit mal, il aurait bien aimé
qu’on lui explique qu’avant de mourir, il lui faudrait vieillir, que l’amour
d’une jeune femme de vingt-deux ans accuse encore plus les rides d’un
quinquagénaire qu’une vilaine teinture capillaire, et que le combat contre le
temps est le seul qui soit perdu d’avance .
Ce qu’ignorent les heureux albatros. Patrice
KERBRAT |
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Patrice KERBRAT |