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" À tort et à
raisons"
Furtwängler
(1988-1954) était le plus grand chef d'orchestre de son temps. En 1933, quand
Hitler arrive au pouvoir il choisit de rester en Allemagne. On l'accusa de
neutralité complice, sinon de servir le nazisme. Après un procès à Berlin
mené par les Américains, il fut disculpé. Une vilaine campagne de presse
outre-Atlantique lui colla une réputation de pronazi. La pièce pose de fanon
fort efficace la question des rapports de I'art et de la politique, à travers
deux personnages que tout oppose Furtwängler, orgueilleux, aristocratique, méprisant,
élitiste (Bouquet), et le commandant Steve Arnold, populacier, inculte,
incapable de distinguer Mozart de Louis Armstrong, ex-agent d'assurances
transformé en juge d'instruction (Brasseur). Goethe contre Monica Lewinski, la
partie est jouée d'avance. Eh non! On commence à douter de ce personnage
"admirable", sauveur de Juifs, que l'Américain, gouailleur et de
mauvaise foi, cherche à humilier, piéger, et semble persécuter par ignorance
autant que bêtise. " Quand I'ignoble triomphe, quand l'humanité sombre
dans la barbarie, il ne reste que l'art pour témoigner", dit en substance
Furtwängler. " Vous vous drapez dans la grande musique pour cirer les
bottes sanglantes, sauter sur tout ce qui passe, et jalouser tout le monde,
particulièrement Karajan. Je n'ai jamais été inscrit au parti nazi. Karajan
l'a été. Deux fois, même. " Raclements de gorge gênés dans la salle. A
la fin, une admirable symphonie dirigée par Furtwängler couvre la voix
d'Arnold, au téléphone, qui lance une campagne de presse, tandis que sa secrétaire
contemple amoureusement la carte que Furtwângler vient de lui glisser. Les
hommes sont décidément trop humains, surtout vis-à-vis des femmes. D'où
vient que la question de l'art et de la politique demeure tenace, irrésolue et
obsédante? Que l'ambiguité des hommes se révèle au-delà du texte simpliste
et des personnages taillés à la serpe (la secrétaire mélomane dont le père
fut pendu, l'assistant juif d'Arnold supermélomane)? Michel Bouquet. Il est
comme un coup de baguette sur les rats et les citrouilles. C'est, franchement,
un très beau spectacle.
ONCLE
BERNARD