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A torts et à raisons

l'artiste face à l'histoire

La pièce de Ronald Harwood retrace l'instruction du procès en dénazificafion du grand chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler. Après l'instauration du IIIè Reich, il continue de diriger l'Orchestre Philharmonique de Berlin, se sentant responsable de la musique allemande qu'il disait supérieure à toutes les autres. Otto Klemperer, Bruno Walter et d'autres quittent l'Allemagne, lui reste. Pour n'avoir pas choisi l'exil il a été accusé, après la seconde guerre mondiale, d'avoir cautionné par sa seule présence, le régime nazi et d'avoir servi le führer, alors qu'il affirmait ne servir que son art. II défend des musiciens juifs, mais dans le même temps reçoit l'accolade d'Hitler. Furtwängler était-il un opportuniste soucieux de sa gloire ou tout simplement jaloux d'un jeune chef hyperdoué et membre, lui, du parti nazi, Herbert von Karajan ? En 1946, les Américains qui ont découvert les horreurs des camps de concentration décident de juger les crimes de guerre. Et commencent alors les procès. Celui authentique de Furtwängler dure deux jours, mené par le commandant Arnold, un officier américain borné. Traumatisé par ce qu'il a vu dans les camps, il juge tout en bloc. Pour lui, tous les Allemands sont des nazis. Le duel commence avec les questions clés: Un artiste dans une crise majeure peutil rester apolitique ou doit-il s'engoger? Délicate question à laquelle personne ne répond. Pour le commandant Arnold il faut un coupable. Ne trouvant pas de défauts “légaux” il cherche ailleurs dans la vie privée du chef d'orchestre, et tente de le détruire de la manière la plus odieuse. Dans le bureau de l'officier, tous apportent un éclairage sur Furtwängler tendant à l'innocenter, la secrétaire (Geno Lechner), Teresa (Becta Nilska) femme d'un musicien sauvé par le maestro, un jeune officier américain (Franck Feroleto) et Helmut (Fabrice Eberhard), épatant dans le rôle du second violon qui savamment “cuisiné” par Arnold retourne sa veste. Wilhelm Furtwängler sera acquitté, mais c'est un homme usé, brisé, anéanti qui ressort de cette épreuve. Réunis sous la houlette de Marcel Bluwal, Michel Bouquet immense comédien, homme habité, dont la présence illumine toute la soirée, et Claude Brasseur dans un rôle très physique, un taureau du Texas, borné, inculte, acharné et revanchard.

Arlette Frazier