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"A torts et à raisons ": magistral !

ON ATTENDAIT BEAUCOUP de cette pièce et elle va bien au-delà de notre attente. On sait que “ A torts et à raisons ” aborde l'épineux problème des rapports entre l'artiste et le pouvoir, à travers le "cas" Furtwängler, prestigieux chef d'orchestre allemand qui décida, à l'avènement du nazisme, de rester dans son pays pour servir son art. Bien qu'ayant toujours refusé d'adhérer au Parti nazi, il fut appelé, en 1946, à comparaître devant un tribunal de dénazification au terme d'une instruction conduite par un officier américain.

L'auteur anglais Ronald Hawood a imaginé le déroulement de cette instruction et sa version appelle un double regard, idéologique et émotif.

En vérité, la force des dialogues et la qualité des interprètes font que l'émotion l'emporte ici sur la raison en nous présentant un homme qui subit avec une dignité un peu hautaine et quelques sursauts de révolte (merveilleux Michel Bouquet) les assauts furieux d'un procureur fruste et brutal acharné à le confondre. Ce procureur, c'est Claude Brasseur, absolument hallucinant de vérité. Bouleversé par la découverte des camps de concentration, il juge Furtwängler coupable a priori. Comme les autres. Plus que les autres du fait de sa renommée. Et il aura recours aux procédés les plus bas pour étayer son point de vue. On en vient alors à penser que le procès de Furtwängler devient celui de la justice américaine mais l'auteur a l'intelligence de faire intervenir d'autres personnages, remarquablement campés au demeurant, pour tempérer l'assaut.

On sort de là sous le choc de cette confrontation d'une rare intensité. C'est tout simplement magistral !

ANDRÉ LAFARGUE