A torts et à raisons,
de Ronald Harwood. Mise en scène de Marcel Bluwal, avec Michel Bouquet, Claude Brasseur, Fabrice Eberhard, Geno Lechner, Beata Nilska, François Feroleto.
Même
s'il se singularisa en défendant les musiciens juifs, Wilhelm Furtwängler
(1886-1954) a été, à la tête de la Philharmonie de Berlin, l'une des figures
de proue de la politique culturelle du IIIe Reich, quand d'autres - Otto
Klemperer, Bruno Walter-préféraient, dès 1934, quitter l'Allemagne.
Contrairement à son jeune rival, Herbert von Karajan, il n'a pas été membre
du Parti nazi, mais il a été couvert d'honneurs par le régime du docteur
Goebbels. A-t-il cru pouvoir résister de l'intérieur au nom de sa conception
transcendantale de la musique ou bien ne s'est-il soucié que de sa gloire ? Un
opportuniste génial ou un mystique égaré ? Michel Bouquet préserve la faculté
d'énigme de son personnage on voit un homme, souverain et vaincu, penché sur
des remords muets, et qui soudain s'aventure hors de lui-même, avec une ardeur
désespérée. Un comédien doué d'une intelligence suprême, avec une
implication mélancolique mais dénuée de tout pathos et qui laisse chaque
spectateur libre de son jugement : la faute de Furtwängler relève-t-elle de la
justice des hommes? On peut apprécier diversement la pièce de Harwood,
sommaire mais efficace, et la version qui nous en est offerte, très dramatisée.
Bouquet a le charme des monstres quand ils sont sacrés, n'est-ce pas ? Non: il
a du génie, et cela suffit.