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Chronique par Fabienne Pascaud

Le maestro Bouquet

Michel Bouquet dans A torts et à raisons, de Ronald Harwood. Racontant les démêlés du chef d'orchestre allemand Wilhelm Furtwängler avec le tribunal de dénazilication, après la guerre. la pièce est efficace sans être subtile. Accusé d'être resté à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin sous le régime hitlérien, d'avoir pactisé avec les nazis, le musicien se défend au nom du respect et de la continuité de son art, au nom aussi de l'amour pour son peuple. Furtwängler, c'est Bouquet, hautain et soudainement désarmé, pathétique et prêt à mordre, imprévisible. Dès qu'il apparaît en scène, on a presque les larmes aux yeux. On sent aux détails de chaque geste, de chaque regard, à la force singulière de chaque phrase prononcée, l'éblouissant artisanat du maître-acteur, combien il lui a fallu d'attentions, de soins pour nous offrir cette interprétation à chaque seconde intelligente et qui sait à chaque seconde faire oublier à quel point elle est intelligente. Bouquet jongle entre maîtrise et don de soi, perfection et spontanéité. A la fin du spectacle, aux côtés de ses partenaires essoufflés. il salue en souriant, les joues roses comme un enfant moqueur et insolent qui nous aurait joué le plus beaux des tours : nous faire croire au théâtre.

A torts et à raisons, de Ronald Harwood. Mise en scène de Marcel Bluwal