A L'AFFICHE : LA PIECE

EN GUISE D'AVANT PROPOS...

La terrible époque de la guerre de 14/18 fourmille d’une multitude de petites chroniques où l’être humain a souvent fait preuve d’actes héroïques face à la barbarie qu’il avait lui-même provoquée. La pièce de Dany Laurent raconte l’une de ces histoires, où l’humilité, la dignité et l’humanité en font le décor.

Dany Laurent sait raconter simplement, son théâtre touche au cœur et dénonce une période confuse. L’action de la pièce se situe dans un hôpital à proximité du front, les bruits sourds et répétitifs de la guerre ne sont pas loin, les gémissements et les réclamations des blessés sont de l’autre côté de la porte. C’est l’hiver et c’est Noël, on essaye de le fêter au mieux, on travaille, on se repose et on raconte, on se raconte le passé et le présent, ses rêves et ce qu’on aimerait en faire, le village dépeuplé de ces hommes qu’on a eu, qu’on aura ou qu’on ne verra plus.

Monter la pièce de Dany, c’est s’occuper du moindre détail. C’est recréer au théâtre une réalité sans pour autant faire du réalisme. C’est raconter la vie de ces femmes dans leur quotidien, dans leur travail, dans leur repos, dans leur fatigue et leur lassitude. C’est raconter le plaisir volé d’une bouffée de cigarette, du réconfort d’un verre d’alcool ou d’une tasse de café. C’est rire et pleurer tout à la fois.

Mon regard est celui qu’on porte à cette photographie sépia, un peu vieillie, tirée de la boîte à chaussures, que l’on sort et ressort, que l’on connaît par cœur mais que l’on regardera encore et encore parce qu’elle intrigue, déconcerte, questionne.

La pièce m’a également séduit pour son rôle de mémoire collective. Dany Laurent témoigne d’une époque qu’on lui a racontée. Les documents qu’elle a consultés, pour en savoir plus, l’ont conduite à s’engager pour le courage de ces femmes qui ont continué à vivre quand tout n’était que mort et anéantissement autour d’elles, qui, en forçant la vie, ont su offrir à tous ceux qui souffraient, un sourire, un mot, une chanson, une femme. Qui face à l’horreur de l’incompréhensible ont voulu conserver malgré tout leur confiance en l’homme.

C’est pour ces idées-là et l’admiration que je porte aux femmes que j’ai tenu à monter cette pièce.

Yves PIGNOT