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Albert Cohen est né à Corfou (Grèce) en 1895 dans une famille de commerçants
juifs qui émigre à Marseille en 1900. Il y devient l’ami de son condisciple
Marcel Pagnol, puis rejoint Genève en 1914 où il obtient une licence en
Droit. Ottoman de naissance, il est naturalisé Suisse en 1919. En 1925, il
est délégué du mouvement sioniste auprès de la Société des Nations et entre
au Bureau International du Travail.
Sa carrière de diplomate se poursuit notamment pendant la Seconde Guerre
Mondiale dans le gouvernement du Général de Gaulle à Londres ; en 1945, il
est nommé conseiller juridique au Comité intergouvernemental pour la
protection des réfugiés, travail qu’il poursuit à Genève pour l’Organisation
Internationale des Réfugiés.
Parallèlement à sa carrière professionnelle, il écrit poèmes, récits
autobiographiques, essais, une pièce de théâtre et, bien sûr, la Saga des
Solal, Juifs de Céphalonie en quatre romans : Solal (1930), Mangeclous
(1938), Belle du Seigneur (1968) et Les Valeureux (1969).
Belle du Seigneur, couronné par le Grand Prix de l’Académie Française, est
un roman lyrique, rabelaisien, dans lequel se dégagent trois axes récurrents
chez Albert Cohen : l’amour du peuple juif, traité avec lucidité, humour,
profondeur et exubérance ; l’hymne à la femme et l’exploration des méandres
de la passion amoureuse poussée à son paroxysme ; l’obsession de la mort.
Dissection au scalpel de la petite bourgeoisie, plume acérée pour décrire
les fonctionnaires de la SDN, caricature comique et attendrie des Valeureux,
ironie sarcastique pour détailler les comportements : par son écriture
plurielle, Albert Cohen embarque le lecteur dans une contrée fantastique, à
l’aide entre autres de monologues sans ponctuation, sans paragraphe, dans un
tourbillon de mots, de néologismes qui laissent affleurer la densité,
l’émotion et l’humanité des personnages.
Autres oeuvres importantes : Le Livre de ma mère (1954), O vous, frères
humains (1972), Carnets (1978). Albert Cohen est mort à Genève en 1981.
...le burlesque est à fleur de plume...
Bertrand Poirot-Delpech
Le Monde - 20/10/1981
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