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Saphia AZZEDDINE
Ecrivain, scénariste
Saphia AZZEDINE, née au Maroc d’une mère normande et marocaine et d’un père
marocain, a grandi à Ferney-Voltaire. Baccalauréat littéraire, licence de
sociologie, un an à Houston (Texas) travaille un temps dans les pierres
précieuses à Genève puis devient journaliste. Elle est également scénariste.
Confidences à Allah est son premier roman.
Ecrire un roman, c’est un rêve qui se réalise ou une envie éphémère ?
Ce n’est pas trop en ces termes que je me pose la question. Bien sûr que
c’est un rêve qui se réalise, du moins qu’un éditeur ait suffisamment aimé
ce que j’écris pour le publier, ça c’est un rêve. Mais écrie, c’est plus un
besoin, parfois vital. Comme disait Marguerite Duras, écrire, c’est hurler
sans bruit. Alors, plutôt que d’emmerder tout le monde en hurlant, j’écris.
A moi de faire en sorte, maintenant, que ce ne soit pas éphémère.
Vous n’avez pas grandi au Maroc. C’est pourtant là que se déroule
l’histoire.
Je suis né à Agadir, j’ai quitté le Maroc lorsque j’avais 9 ans. C’est donc
bien au Maroc que j’ai passé les années les plus importantes de ma vie. Et
les plus belles. Et puis je n’ai pas échappé aux vacances d’été à Figuig,
sous 45 degrés, avec ma grand-mère qui me racontait des histoires de «
jnouns » invraisemblables, mais aussi des histoires sur son enfance, son
mari, son fils, mon père, son village et ses traditions. J’ai eu la chance
que l’on me transmette l’essentiel pour que, malgré la distance, le Maroc
m’accompagne partout. J’ai énormément de souvenirs là-bas, c’est donc tout à
fait naturellement que cette histoire s’y déroule. J’écrirai probablement
d’autres histoires, et elles ne se passeront pas forcément là-bas. Dans mon
roman, le Maroc est en quelque sorte un détail géographique, cette histoire
de femme misérable pourrait avoir lieu dans tant d’autres endroits de la
planète.
Vous estimez-vous féministe ?
Non, tout au plus féminine… Je suis surtout une jeune femme consciente qu’il
y a un problème et que celui-ci se réglera main dans la main avec les
hommes, et certainement pas en contradiction avec eux. Lorsque le code de la
famille est totalement injuste et indigne envers les femmes, je n’attends
pas uniquement les féministes pour hurler, j’attends que les hommes hurlent
encore plus fort. Les hommes de lois, les hommes de religion, les hommes
tout court doivent hurler que c’est indigne de bafouer à ce point les droits
fondamentaux des femmes. C’est une question de dignité humaine pour tout le
monde.
N’est-ce pas quelque part un roman sociologique ?
Naguib Mahfouz disait qu’un roman peut, plus que mille articles de journaux
ou pamphlets politiques, amener à réfléchir sur une société et faire bouger
le monde. Je fais confiance à ce grand auteur et vous répondrai que oui,
c’est un roman, et peu importe l’adjectif que l’on y accole.
En définitive, c’est un véritable cri d’amour…
J’espère vivement que les lecteurs comprendront que c’est avant tout une
bouleversante prière. La prière d’une jeune fille qui vient de la misère
noire, qui sera torturée dans son corps et dans son âme, mais que l’amour
fera tenir droite malgré tout. Il s’agit de l’amour de Dieu dans son cas,
pour une autre ça aurait été autre chose. Dieu ici lui permet de révéler cet
amour dont elle se croyait dénuée.
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