|
Notes de mise en scène
Le Chemin de Feydeau
Depuis trente ans que j’en vis, je pense avoir à peu près tout vu de ce
qu’ont pu faire les différents metteurs en scène de Feydeau… Mon
professeur René Simon disait de certains : “Ils ont du génie : ils ne
font pas rire dans Feydeau”.
Georges Feydeau était d’abord un acteur et c’était pratiquement le seul à
l’époque à se charger de la mise en scène de ses propres pièces. “Mes
pièces sont des tragédies à l’envers”.
J’ai toujours été fasciné par cette “école du burlesque” et j’ai eu la chance
de voir jouer Hirsh, Charon, Duchaussoy, Descrières qui ont constitué une
troupe de virtuoses dignes du “grand Georges”.
J’ai donc choisi de suivre le chemin de Feydeau, “la littérature étant
l’antithèse du théâtre -dit-il- le théâtre c’est l’image de la vie”. Les
personnages de Feydeau s’expriment dans une langue très proche de
la vie quotidienne et l’auteur écrit sous leur dictée. Son unique règle,
comme l’était celle de Molière, est la convenance dramatique: les
répliques sont parfaitement adaptées aux personnages et à la situation.
Plus les passions buttent sur l’obstacle, plus la température monte
(38°2), plus le rythme et le mouvement s'accélèrent en déclenchant
gestes, attitudes, brusqueries, surprises, arrêts sur image, réflexes,
temps, qui sont les ressorts du théâtre burlesque. (Charlie Chaplin avait
commandé un scénario à Feydeau).
La période choisie (décors et costumes) 1930 Ce n’est
plus l’entre deux guerres 70-14/18, c’est 38 ans plus tard, pendant
une période d’insouciance peut-être encore plus folle que la première
mais surtout beaucoup plus proche de nous. C’est
l'époque où les couturiers (Paul Poiret) libèrent la
femme et où il y a encore des domestiques, indispensables
à l'intrigue. Les hommes seront en “Borsalino” et en
“Panama”, comme mes grand-pères. Les appartements sont plus clairs,
on y respire mieux, on a enlevé les tentures, les tapis, les nappes et
les draperies du second empire. On y vit mieux, la
silhouette se détache, claire, comme Buster Keaton sur
sa pellicule en noir et blanc.
“Il y a dans Feydeau une violence comique, un certain délire, une observation,
une invention, une sorte de fantaisie fantastique et burlesque, une
absurdité grandiose, un dialogue, un mouvement qu'on ne trouve nulle
part ailleurs et qui font du théâtre de Feydeau, un théâtre total,
actuel, universel et vivant”.
Christian BUJEAU
|
|

Christian BUJEAU |