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Notes de mise en scène
Pourquoi pas un Scapin Jeune ?
Quelques grands noms du Théâtre français ont laissé leur empreinte sur le rôle :
Daniel Sorano, Jean-Louis Barrault, Robert Hirsch, Francis Perrin, Daniel
Auteuil, Philippe Torreton, pour ne citer qu’eux, tous réinventant le rôle à
leur propre manière.
Passant du Scapin désabusé et fatigué à un autre plus lunaire et poétique, ou
encore sauvage, féroce, et rancunier comme un ancien bagnard, tous ces artistes
abordèrent le personnage entre trente et cinquante ans, à cause de l’exigence
technique, physique et vocale que demande le rôle.
Mais pourquoi pas un Scapin de vingt-quatre ans ? "Je hais ces cœurs
pusillanimes qui, pour trop prévoir la suite des choses n’osent rien
entreprendre". Le personnage est tout entier contenu dans cette réplique. Il vit
d’ardeur, de danger. Il aime ne rien prévoir et sait se jeter corps et âme dans
une entreprise séduisante, sans réfléchir. Il suit ses impulsions, ce qui est
propre à la jeunesse.
L’intrigue de la pièce repose sur ce socle : le triomphe d’une jeunesse
insolente sur une vieillesse aigrie, avare et sans amour. Et cette scène célèbre
des coups de bâtons et du sac, où Scapin s’invente un monde autour de lui, par
pure fantaisie, par goût de l’imagination, pourrait-elle être l’œuvre d’un homme
déjà blasé qui ne pense qu’à parfaire une vengeance ?
Cette scène est le prolongement d’une enfance débrouillarde et pleine
d’inventivité. Pourquoi Scapin accepterait-t-il d’aider les amoureux en détresse
sans aucune compensation ? Par amitié, certes, mais surtout pour s’amuser, pour
jouir de la bêtise qui l’entoure et qu’il veut terrasser avec cynisme.
Au moment où la pièce commence, il est vrai que Scapin a eu un "démêlé avec la
justice". Oui, il a fait de la prison. Mais cela ne signifie pas qu’il y ait
passé la moitié de son existence. Enfant déjà, il errait dans les rues de
Naples, va-nu-pieds, furetant partout, cherchant des moyens de survie tel un
Oliver Twist courageux et féroce, très tôt doté d’un regard empreint de
maturité. La fraîcheur n’empêche pas une vraie profondeur ni quelques éclairs
d’amertume séquelles de véritables blessures. Scapin, en effet, à vingt ans, en
a plus vu dans sa vie que certaines personnes à quarante.
Désinvolture, insolence, férocité comique, imagination délirante, bref, jeunesse
ardente, avec ses extravagances, certes, mais pleine de courage et de dignité,
c’est ce que nous
souhaitons montrer de la pièce. Pour donner l’énergie nécessaire au mouvement
étourdissant
de l’œuvre, nous disposons d'une troupe jeune, soutenue par deux comédiens plus
âgés, de
solide expérience, interprètes d'Argante et de Géronte. Du foisonnement de
couleurs
napolitaines émane une saine et franche gaîté : celle d’une troupe, celle de
Molière : "Cette
mâle gaîté si vive et si profonde que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en
pleurer"
comme le dira, plus tard, mieux que quiconque, Musset.
Arnaud Denis
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