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Un délice rafraîchissant LA BOUTIQUE AU COIN DE LA RUE De Miklos Laszlo Budapest dans les années 30 . La libraire de M. Matutschek tourne rond : M. Kralik, le premier vendeur, tout fier davoir été invité la veille chez son patron, dont il est lhomme de confiance, veille sur le petit monde qui saffaire devant les étagères, Pirovic, son ami, Vadas, que personne naime beaucoup, Flora, la caissière, et le tout jeune Pepi, garçon de courses. Kralik est efficace, consciencieux, et amoureux dune inconnue, avec laquelle il entretient une correspondance assidue, poétique, littéraire, qui le transporte. Un jour, bientôt, il va la rencontrer. Mais quand Klara, entrée dans la boutique pour chercher du travail devient sa subordonnée, il ne se doute guère quen la tarabustant, en lhumiliant, en la contrariant sans cesse, car elle lénerve avec son franc-parler, cest la belle inconnue quil se met à dos. Elle ne le sait pas davantage car pour elle, lépistolier qui lui écrit de si belles choses (puisées parfois dans Victor Hugo) est aussi, un inconnu Nous, bien sûr, nous avons tout deviné car nous avons toujours au cur le souvenir du merveilleux film dErnst Lubitsch, « The shop around the corner », dont cette pièce est la fidèle adaptation. Et nous tremblons, au début en tout cas, que ce souvenir soit ici saccagé Drôle didée, en effet, que dadapter à la scène un chef-duvre de l écran. Généralement les choses se font en sens inverse. Et justement, ce fut le cas pour Lubitsch. Ce fils de petit tailleur berlinois émigré à Hollywood était resté profondément imprégné de culture européenne, et cest une pièce du Hongrois Miklos Laszlo, « La Parfumerie », qui a inspiré son film. Un film qui avait enchanté comme nous tous, lexploitant de cinéma (cest lui qui a reconstruit le Max Linder) et réalisateur Jean-Jacques Zilbermann (« Tout le monde na pas pas eu la chance davoir des parents communistes », « lHomme nest pas une femme comme les autres »). Entre deux films (très( personnels, il rêvait dadapter celui-ci à la scène. Cest chose faite, et bien faite. Car la méfiance initiale, très vite balayée, cède la place à une sensation rae au théâtre, et durable, de pur plaisir. Tout simplement Etat de grâce Non seulement Zilbermann (et la journaliste Evelyne Fallot, qui cosigne ladaptation) a su garder, dans son texte lhumour, lintelligence, la chaleur et lémotion du film, mais, en abordant pour la première fois la mise en scène théâtrale, il parvient à préserver tout le naturel, loin de toute mièvrerie, avec ce quil faut de judicieuse observation psychologique et sociologique, de la boutique (même si la maroquinerie du film est ici devenue librairie où lon vend Tolstoï et Zola) de M. Matutschek et de ses employés ; et, dans un joli décor tournant, tantôt librairie aux rayonnages montant jusquau plafond, tantôt bureau de patron, tantôt café, il ressuscite avec juste ce quil faut de tendre mélancolie cet univers dinnocence bon enfant quun cataclysme, hélas, a depuis à jamais englouti. Avec notamment Wojtek Pszoniak, idéal en patron faussement bourru, ici comme naguère dans « lAtelier » de Grumberg, Samuel Labarthe dans le rôle naguère joué par James Stewart, et, dans celui de Margareth Sullivan, la délicieuse Florence Pernel, acide et romantique tout à la fois, la distribution, extrêmement judicieuse, est à lunisson, comme en état de grâce. Sûrement la soirée la plus rafraîchissante de toute la saison : un peu de « Lubitsch Touch » dans leau glaciale de notre noire actualité, on ne pouvait rêver plus joli cadeau ! ANNIE COPPERMANN |