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La Boutique au coin de la rue

L'histoire de Monsieur Matuschek, de ses employés et de sa boutique à Budapest, à la fin des années 30, fut immortalisée par Ernst Lubitsch dans son film " The shop around the corner ".

Peut-on rivaliser avec un film culte ? Jean-Jacques Zilberman, qui est avant tout un cinéaste, a réussi à laisser intact ce chef-d'oeuvre lors de sa transposition sur scène.

Klara, une jeune fille au chômage, tente de se faire embaucher comme vendeuse dans la librarie-maroquinerie du tyrannique Monsieur Matuschek. Elle réussit à vendre à une cliente ronchonne, un exemplaire de " Guerre et Paix " transformé en boite à cigares musicale qui dès qu'on l'ouvre joue " Otchi Tchornya ". En dépit de l'avis de Kralik, premier vendeur et chouchou du patron, Klara est engagée chez Matuschek, toujours prêt à se venger sur ses employés de ses déboires conjugaux.

C'est un vrai plaisir de voir vivre cette petite communauté avec ses problèmes quotidiens, ses rivalités, ses mesquineries et ses rêves. Privovitch ami de Kralik, Vadas, sûr de lui et de son charme, Flora la caissière un peu allumée et Pepi le garçon de courses qui n'a pas sa langue dans sa poche. Kralik vit seul et entretient une correspondance amoureuse avec une jeune fille qu'il ne connaît que par l'intermédiaire de la poste restante. Kralik et Klara font profession de se détester, avant de mieux se connaître.

Le couple Florence Pernel, Samuel Labarthe est merveilleux de charme et de fraîcheur. Wojtek Pszoniak en patron bourru, dur et fragile à la fois est dans son élément. Tous les comédiens, sans exception, sont parfaits : Jean-François Derec, Manuel Bonnet, Laurent d'Aumale, Sylvie Huguel, Annie Savarin. Ils ressuscitent avec bonheur ce monde disparu dans la Hongrie de l'entre-deux guerres. Le décor tournant de Stéphanie Jarre donne à l'ensemble l'allure d'une ronde. Cette pièce toute de légèreté, de tendresse, de sensibilité et d'humour est un véritable enchantement.

Arlette Frazier