La boutique au coin de la rue
Avec: avec Samuel Labarthe, Florence Pernel, Jean-François Dérec.
Travailler dans un petit commerce n'est pas de tout repos. Outre les vacheries des employés, il faut supporter un patron irascible, mais grâce à l'amour, chacun finalement révèlera le meilleur de lui-même et le méchant sera chassé. Zilbermann enchante avec cette fable rose au charme fou révélée par le grand Lubitsch C.D.
L'AVIS DE LA REDACTION
Silence, on joue !
Le réalisateur Jean-Jacques Zilbermann transpose à la scène "The Shop Around the Corner" de Ernst Lubitsch. Une belle réussite. Jean-Jacques Zilbermann est un fou de cinéma. Sa passion pour le septième art l'a conduit à porter à la scène l'admirable adaptation que Lubitsch avait faite de cette très jolie pièce hongroise de Miklós
László. La boutique de monsieur Matutschek (Wojtek Pszoniak, inoubliable dans L'Atelier de Grumberg) est devenue une librairie où se noue, sur fond de crise économique des années 1930, cette charmante histoire d'amour au milieu des relations tumultueuses entre un petit patron tyrannique et ses employés.
Cette fable sociale révèle la nature tendre et la générosité de ses personnages, pris au piège des jeux implacables de la société, abus de pouvoir, mesquineries, rapports de force. La mise en scène condense toutes les qualités de la pièce, bonifiée par le talent de dialoguiste de Lubitsch. L'ingénieuse scénographie participe au rythme de la dramaturgie. La
fidélité de la transposition est réussie jusque dans la distribution. Le couple formé par Florence Pernel et Samuel Labarthe est aussi épatant, voire encore plus émouvant et piquant que ne l'étaient James Stewart et Margaret Sullavan dans le film; quant à Wojtek Pszoniak, il donne encore plus de force au personnage de monsieur Matutschek, petit patron
autoritaire et intransigeant, mari bafoué par sa femme, homme désespérément seul.
Lubitsch avait su préserver la théâtralité de la pièce à l'écran; Zilbermann, pour sa première mise en scène, a su restituer cette dimension théâtrale, en gardant un il de cinéaste. Il a donné de belles couleurs chaudes et une discrète touche de modernité à la copie noir et blanc de 1940. Et, en prime, il donnera l'envie à de nombreux spectateurs de découvrir
ce film, que certains tiennent pour un chef-d'uvre.
Corinne Denailles |