Arletty

Arletty

Arletty portrait

Qui de mieux qu’Arletty elle-même pour revisiter sa vie ? Ce soir, la voici maitresse de cérémonie. Accompagnée de 3 comédiens, elle nous plonge dans la Belle Époque, l’industrialisation, 14-18, les années folles, la crise de 29, la 2e Guerre Mondiale, l’après-guerre, l’émancipation de la femme… et l’on découvre un parcours flamboyant dont le seul guide fut la liberté, quitte à peut-être parfois se compromettre.

Arletty est un personnage déroutant tant sa force de caractère étonne. Elle surmonte les difficultés et ne doute jamais. Elle provoque un tourbillon autour d’elle. Tourbillon de rencontres artistiques et amoureuses, de désirs et de plaisirs artificiels, tourbillon qui l’emporte loin de la misère et des épreuves de la vie. Car elle en subit des épreuves, notamment deux : à 16 ans, elle perd son premier amoureux, parti à la guerre, la blessure est telle qu’elle se jure de ne jamais se marier et de ne jamais avoir d’enfant « ni veuve de guerre, ni mère de soldat », promesse qu’elle respectera ; à 18 ans, elle perd son père, cet homme qui a toujours su la valoriser, lui insuffler des rêves ainsi que l’intime conviction qu’elle pourrait les réaliser, que leur situation bien modeste n’était pas son destin à elle. Elle sera libre ! Et ne suivra pas le parcours de ses parents, elle ne lavera pas le linge sale des autres comme sa mère et ne réparera pas les tramways comme son père. Ce discours entendu pendant dix-huit ans sera mis en application !

Elle catapultera la chance jusqu’à elle, les rencontres se suivent, les propositions professionnelles s’enchainent, la célébrité nait, les pièces de théâtre et les films tels que « Hôtel du Nord » la révèlent, les hommes la charment et elle y succombe souvent, les femmes la titillent, et elle ne se montre pas plus farouche. Les vents positifs l’emportent jusqu’à la mener dans un cercle fermé, celui des dirigeants lors de la collaboration pendant la 2e Guerre Mondiale. Elle reste à Paris, protégée par le clan Laval, tandis que d’autres acteurs de sa renommée fuient aux États-Unis. Et… la voici qui tombe… amoureuse ! Amoureuse d’un Allemand qui a sa carte au parti nazi… Cela semble bien compromettant, et comme la belle n’a jamais honte de ses actes, elle ne s’en cache pas. Malheureusement, à la fin de la guerre, les épurateurs vont la soumettre à un long interrogatoire, et la condamner à une mise à demeure de trois ans. Commence alors une douce décrépitude. Son œil gauche lui fait défaut jusqu’à l’obscurité partielle, son œil droit suivra quelques temps plus tard, elle ne travaillera presque plus et attendra de s’éteindre définitivement tandis que tous ses amis disparaissent les uns à la suite des autres. Finalement, c’est à la fin de la vie qu’elle se montre la plus résistante… résistante face à la grande faucheuse… qui se manifestera enfin en 1992, à l’âge de 94 ans.