Elisabeth AMATO

Adèle BERNIER

portrait eli rouge

Élisabeth Amato a commencé sa carrière là ou les autres magiciens achèvent la leur ; une manière de consécration: Las Vegas. Le congrès mondial des prestidigitateurs s'y tenait et, après s'être longuement entraînée, la jeune femme se sentait enfin prête. Pourtant quand vint son tour de faire ses preuves devant ce public redoutable, elle douta, craqua et regagna sa chambre d'hôtel.

Les minutes qui suivirent  comptent parmi les plus intenses de sa vie. Il s'agissait pour elle d'affronter le pire ennemi que connaisse l'homme ; son seul ennemi, en fait : la peur. Comment Élisabeth parvint à retrouver le chemin menant à cette étincelle de foi qui fait basculer  les destins et parfois même, l'Histoire?... Elle seule le sait. Toujours est-il qu'elle redescendit dans l'arène, monta sur scène, fit son numéro et fut ovationnée.

Comme un nouveau-né accède symboliquement à la vie reconnu par son père, Élisabeth Amato naquit une seconde fois au monde ce jour là en étant reconnu par ses pairs. Dans le temple même de l'illusion. Superbe initiation. Puis rideau.

Car le  destin qui l'attendait n'avait pas grand chose à faire avec les paillettes. Il s'agissait pour elle de devenir Magicienne. Pour de vrai. Mariage, enfant, projets divers... tout en vivant  de son art, Élisabeth  forgea son humanité au creuset le plus commun, mais déjà, à l'époque, certains de ses collègues la regardait avec méfiance : "Toi, tu es dangereuse, lui disaient-ils. Tu y crois !".

"L'être humain et sa psychologie me passionnaient "me confiait-t-elle en réponse, comme je l'interviewais pour un magazine. "La magie est un outil idéal pour faire tomber les barrières, entrer en contact avec les gens, les faire réfléchir". La graine était plantée et avait commencé de germer.

Le temps a passé. Élisabeth est retourné sur les bancs d'école afin de devenir psychologue, puis thérapeute. Elle a noirci des feuilles et des feuilles pour parvenir, épure après épure, à l'accomplissement de son Grand Œuvre : écrire et incarner des spectacles de magie dont on sortirait à la fois émerveillé ET changé. 

Ainsi  est-elle parvenue à associer dans une œuvre unique les aspects majeurs de sa destinée. Car, comme par hasard, le dieu des magiciens, Hermès Trimégiste ("trois fois maître") est également celui des thérapeutes et ... des écrivains ! Son job ? Messager des dieux. Auxquels, comme on le sait, il a coutume de jouer bien des tours...

Au fil du parcours initiatique qui sert de trame à ses spectacles, la magicienne conte les tours et détours de sa quête. Alliant le geste à la parole éclairante, elle nous dit l'importance de l'intuition, de l'attention, l'ouverture du cœur et la Foi. En qui vous voudrez, mais : la Foi.

Au delà de la maîtrise technique (combien sont-ils à travailler, comme elle, bras nu?!) Élisabeth Amato accède à la dimension supérieure de son Art : spirituelle. Au double sens du mot. Avec elle, on rit beaucoup, et - ainsi désarmé - on s’ouvre enfin au sens de la démonstration : « Cette magie… Et si… c’était vrai ? ».

Car les vérités les plus hautes sont essentiellement paradoxales. Du faux, Élisabeth Amato fait jaillir le vrai. On pense qu’elle dissimule : elle révèle !

Ayant elle-même traversé le miroir des apparences, elle peut le tendre aux autres pour qu’ils s’y reconnaissent. Dans ses spectacles, c’est le spectateurs lui même qui trouve les cartes, lit dans la boule de cristal et donne les bonnes réponses. Avec un brio impeccable, elle opère tout le travail de l’ombre afin qu’il ne nous reste plus qu’à récolter la lumière. Et à la fin de tours proprement hallucinants, on s’écrit non pas « Ce n’est pas possible ! Il y a un truc », mais « Comment est-ce possible puisque…. c’est moi qui l’ai fait ?! ».

Le doute salvateur est instillé.

La magicienne a fait son travail.

C’est comme ça depuis la nuit des temps.