Le mystère Sunny

Affiche Le mystère Sunny

Joué du lundi 11 septembre 2023 au dimanche 26 novembre 2023

Soirées

Mercredi, jeudi, vendredi et samedi : 21h
Avant-première le mardi 12 septembre : 21h

Matinées

Samedi à 17h30
Dimanche à 15h30

Relâches

Les 4, 8 et 15 octobre

Durée

1h30

À propos

Dix ans après son acquittement – il était accusé du meurtre de sa femme, Sunny – Claus Von Bülow retrouve à New York son ancien avocat, Alan Dershowitz. C’est Noël. Au-delà du mystère qui entoure cette « Affaire », nous assistons surtout à une joute sans merci. Claus a-t-il oui ou non tué sa femme ? Ces deux hommes de caractère tentent jusqu’au bout de sortir vainqueurs d’une rencontre au cours de laquelle tous les coups sont permis.

Ils sont manipulateurs, mégalomanes, comiques, vous allez les aimer.

Avec Patrick CHESNAIS et Nicolas BRIANçON

De Alain TEULIÉ
Mise en scène Dominique GUILLO

Décor Jean HAAS assisté de Bastien FORESTIER
Costumes Jean-Daniel VUILLERMOZ
Lumières Laurent BÉAL assisté de Didier BRUN
Musiques Dominique GUILLO
Assistant à la mise en scène Grégory JUPPIN
Perruques et maquillage Catherine SAINT-SEVER

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Aïe

Première le mercredi 04 septembre 2024

Aïe

Le mot de l’auteur

Les faits divers ont de l’imagination. Les romanciers, les dramaturges, aiment se confronter à eux. Ils enrichissent la collection de leurs fantasmes, la galerie des glaces de leurs émotions. Et les lecteurs ou les spectateurs les suivent dans ces méandres, car ils y voient des sentiments extrêmes, qui les emmènent au-delà de leurs destins.
Dans Le mystère Sunny, c’est ce qu’il m’a plu d’étudier. Ce fait divers-là était captivant, tous les ingrédients étaient réunis pour servir un plat bien relevé : dérives de l’aisance, tromperies diverses, dangers de la facilité. Mais surtout le mystère… La mort de Martha Von Bülow – Sunny était son surnom – reste une énigme, que son silence a dissimulé pendant tant d’années de coma, et que sa mort a transformé en éternel secret.

Francis Scott Fitzgerald se plaisait à dire que les riches ne sont pas comme les autres. Ce drame a eu pour décor un monde que peu connaissent, mais qui permettait à un public avide d’entrer dans leur propriété de Clarendon Court, et connaître les manies d’un couple et leurs trahisons. Claus avait-il assassiné son épouse fortunée, avait-il voulu l’éliminer pour vivre sa passion avec l’actrice Alexandre Isles, qui le sommait de se libérer, ou s’était-elle éteinte, le corps épuisé par les excès ?
Certes, les médias s’en donnent à cœur joie, dans ces cas-là, mais ils ne sont que le reflet des attentes basses qui nous habitent. Ce sont nos soifs qu’il faudrait soigner, pas le poison qui vient les étancher. Que nous disait L’affaire von Bülow ? Que les ultras riches ont des états d’âmes ? Qu’ils ne sont pas si heureux qu’on le croit ? Était-ce une découverte ? L’esprit a-t-il besoin d’une telle tragédie pour concevoir que l’homme reste nu, inquiet, vulnérable, même entouré du luxe le plus délirant ? Il faut le croire.

Imaginer les retrouvailles entre cet homme singulier, Claus von Bülow, et l’avocat qui l’a fait acquitter dix ans plus tôt, Alan Dershowitz – devenu entre-temps aux États-Unis une célébrité pour les procès célèbres qu’il a fait gagner– a été pour moi un voyage passionnant. Certains caractères forts nous dévoilent des secrets. Pas forcément les leurs.
Les nôtres, plutôt. Le mystère Sunny, en cela, nous appartient aussi.

Alain Teulié – auteur

Le mot du metteur en scène

Lorsqu’Alain Teulié m’a téléphoné pour me dire « Je viens d’écrire une pièce en pensant à toi », il ne pouvait viser plus juste.
D’abord parce que c’est un magnifique auteur, qui manie aussi finement le langage qu’intelligemment le fond. Ses dialogues sont plus vrais que nature, toujours minutieusement et poétiquement sculptés pour chaque moment, chaque situation théâtrale ; nous sommes dans la vraie vie, nous croyons vraiment à ce que nous regardons, le public adore ça, et moi aussi.
Et aussi parce que le mystère von Bülow m’a fasciné dès que j’en ai vu le film de Barbet Schroeder, avec Jeremy Irons, Ron Silver et Glenn Close, et n’a jamais quitté mon esprit depuis. Cet homme désargenté, séducteur et beau, marié à une milliardaire qui, devenue frigide, lui autorise une vie parallèle, a-t-il assassiné cette épouse pour toucher les 14 millions de dollars de son héritage, au moment même où une liaison avec une jeune actrice était mise au jour ?
Le mobile est-il suffisant pour accabler le veuf ?
Ou, au contraire, ne serait-il pas naïf de l’imaginer innocent, alors qu’il est au centre de circonstances toutes accablantes ?
Comment ne pas être fasciné par ce dandy brillant, qui, sous l’œil des caméras du monde entier, a traversé impavide avec la même froideur son veuvage brutal, sa condamnation à trente ans de prison, puis, lors de son deuxième procès en appel, un acquittement qui a choqué toute l’Amérique ?

Comment ne pas être tout aussi fasciné par cet avocat, qui, débutant sa carrière, et avec des moyens légers, a pu faire passer Claus von Bülow de coupable à innocent, quand on sait, comme il l’a déclaré dans ses écrits, qu’il le croyait coupable ? Un avocat qui parvint à retourner l’opinion et les jurés alors qu’il n’était lui même pas convaincu…
Il fallait deux acteurs d’exception pour interpréter ce duo de personnages si denses. Deux acteurs aux talents indiscutables.
Patrick Chesnais, que j’ai vu pour la première fois dans Love en 1985, n’a jamais quitté mon esprit, jusqu’au drôlissime Eugène qu’il a dernièrement composé dans Le Système Ribadier.
J’étais jeune comédien et je découvrais un acteur à la fois précis et libre, autant concret qu’instinctif, à la voix et au rythme rares, et à la vivacité intérieure habillée d’un voile de nonchalance : un mélange unique !
Avec une grande élégance et un flegme germanique, Claus von Bülow est une évidence dès que Patrick entre en scène, j’en suis moi-même surpris à chaque fois. Glaçant et séduisant, magnifique et provocateur.
Nicolas Briançon est un homme fait de théâtre. Je suis épaté par le nombre et la qualité de ses mises en scène, et par les innombrables rôles qu’il a joués. Il connait ce métier d’acteur comme un luthier connait un violon. Avec autant de minutie, de sagesse et de maturité. J’ai dernièrement été frappé par la rare intelligence de jeu de Jacques et son maître, dans ce même beau Théâtre Montparnasse.
Lorsqu’il n’est qu’acteur sur un spectacle, il se délecte du plaisir de ne penser qu’à son personnage. Le créer, l’imaginer, le faire venir à lui.

Ici, précisément, Nicolas s’est amusé au sommet de son art à donner vie à cet Alan Dershowitz, si troublant. Un avocat qui lui-même traîne dernière lui nombre d’affaires personnelles sulfureuses et très médiatisées. Évidemment, des affaires d’une importance à l’aune de celle de cet avocat devenu l’un des plus célèbres du monde depuis cette affaire… et qui est toujours en activité.
Nicolas, dans sa composition si précise, me fait réellement voyager au chaud de son somptueux bureau, imposant symbole d’une réussite presqu’ostentatoire, à Manhattan, un soir de Noël enneigé, alors qu’il y accueille cet homme flanqué d’un si grand secret…
Mis en face l’un de l’autre, nous assistons à un vrai grand moment de théâtre.
Le Mystère Sunny, à l’instar du Souper ou du Visiteur, s’inscrit donc dans la grande tradition des pièces d’exception à deux personnages. Ce duo d’acteurs est enivrant et envoutant, autant qu’il est drôle et vivace.
Patrick Chesnais et Nicolas Briançon connaissent si bien cette belle salle du Montparnasse ; ils y jouent comme chez eux ces deux personnages en joute d’intelligences, créant un moment de grand théâtre troublant de vérité, de virtuosité et d’intensité.

Dominique Guillo – metteur en scène